Le premier train à grande vitesse du Brésil devrait relier les deux villes emblématiques dans sept ans. Le gouvernement a choisi une procédure de désignation de l’opérateur très rapide et privilégiera celui qui proposera les tarifs les plus bas aux passagers. Des conditions difficiles pour Alstom et la SNCF.
Le TGV brésilien est virtuellement sur les rails. Mais il n’est pas près d’arriver à bon port. Dans la foulée de l’appel d’offres lancé le 14 juillet, plus d’une demi-douzaine de grands consortiums, européens et asiatiques, se bousculent au portillon. Objectif : relier les deux plus grandes villes du pays, São Paulo et Rio de Janeiro, distantes de quelque 500 kilomètres, en une heure et demie.
Un chantier évalué à 15 milliards d’euros, pour un parcours accidenté entre une ville touristique de bord de mer et une grande métropole d’affaires située sur un plateau à 800 mètres d’altitude. Une rallonge en direction de Campinas, un pôle industriel dynamique, est également prévue.
Un timing très serré
Alstom et la SNCF, qui fourbissent leurs armes depuis plusieurs mois, examinent le cahier des charges à la loupe. Les propositions officielles doivent être remises au gouvernement brésilien le 29 novembre. Quant au résultat des courses, il devrait être connu avant Noël, le 16 décembre, lors de l’ouverture des enveloppes à la Bourse de São Paulo. La concession de quarante ans sera attribuée au consortium qui proposera le tarif le moins cher pour les passagers de la future liaison (le cahier des charges fixant un prix plafond de 200 reais, soit environ 90 euros). Le financement sera associé aux deux tiers par l’Etat brésilien, et une nouvelle société publique, ETAV, pourra s’associer à l’opérateur désigné. Selon le montage financier, le consortium vainqueur devra encore apporter au moins 3 milliards d’euros, sans compter les dépassements liés aux imprévus.
Déjà plongés dans les dossiers, les candidats ne se montrent guère loquaces. Il est vrai que le timing est très serré : « 130 jours, c’est horriblement trop court » en raison de la complexité du dossier, estime un expert. Mais le gouvernement brésilien a voulu aller vite pour lancer, au moins sur le papier, le grand chantier du TGV avant les élections d’octobre, et annoncer le vainqueur avant la fin du mandat du président Lula au 1 er janvier. La prévision de la signature du contrat le 11 mai prochain est ainsi considérée comme « irréaliste » par la plupart des observateurs, en vue d’une mise en service six ans plus tard. Autant dire que le TGV ne sera pas prêt pour la Coupe du monde de football de 2014, qui se déroulera au Brésil. Et le responsable du chantier devra mettre les bouchées doubles pour être opérationnel avant les jeux Olympiques de Rio en 2016.
Toujours est-il que les pronostics vont déjà bon train. Les règles du jeu adoptées par le gouvernement brésilien, qui attribue le contrat à celui qui garantit les plus bas tarifs pour l’usager, ne favoriseraient guère le consortium français. « Alstom a très certainement une technologie plus évoluée. Mais [le groupe] se trouve de nouveau confronté à la problématique du binôme conflictuel qualité/prix », estime Claude Longeard, directeur associé du cabinet de consultants France Brésil Développement.
Les décideurs politiques auraient choisi de tirer les prix vers le bas. « Ainsi, les Coréens seraient les mieux placés, en offrant un produit qui semble davantage adapté au cahier des charges. Avec les Chinois en position d’outsider. Mais ne négligeons pas les Espagnols », résume Claude Longeard, installé de longue date au Brésil. Alstom vient d’ailleurs de perdre un contrat de fourniture de trains de banlieue et de métro au profit de l’espagnol CAF à São Paulo. En ce qui concerne le TGV, des groupes japonais, allemands et italiens sont également dans la course.
Un projet constesté
Brasilia justifie ce gros effort d’investissement par une vision à long terme. Ouvrage de prestige, le TGV doit aussi redonner un coup de fouet au transport ferroviaire au Brésil. Bien adapté aux longues distances dans un pays de taille continentale, il a pourtant longtemps été négligé. Le fret ferroviaire demeure largement minoritaire, face à la prédominance des transports routiers, pourtant coûteux et polluants. Quant au transport de passagers, il a, dans la plupart des cas, été purement et simplement abandonné depuis plusieurs décennies (la dernière ligne Rio-São Paulo a été abolie il y a vingt ans).
En cas de réussite, le TGV pourrait redorer le blason des chemins de fers. Toutefois, en pleine campagne électorale, l’opposition estime que le projet de TGV est superflu et que les fonds publics devraient plutôt être mobilisés pour terminer des chantiers inachevés. Des universitaires mettent également en doute la viabilité économique du projet. La bataille du TGV ne fait que commencer.
Article écrit par Thierry OGIER pour Les Echos